Le débat sur l’avenir du code du travail marocain est revenu sur le devant de la scène après que la Fédération générale des entreprises du Maroc (FGME) a appelé à une révision de ce texte juridique, arguant que sa mise à jour n’est plus une option mais une nécessité imposée par les changements survenus sur le marché du travail. D’autre part, les syndicats soulignent que tout amendement éventuel doit être basé sur la protection des droits des salariés et ne pas transformer le concept de flexibilité en une porte d’entrée pour accroître la vulnérabilité sur le marché du travail.
Selon des sources syndicales, la priorité ne devrait pas se limiter à la modification des textes, mais devrait être précédée d’une évaluation franche du code actuel, afin de déterminer dans quelle mesure ses exigences sont respectées sur le terrain et l’ampleur de l’écart entre la loi et la pratique dans un certain nombre de secteurs.
Ali Lotfi, secrétaire général de l’Organisation démocratique du travail (ODT), a déclaré que les appels répétés de la Baratona à réviser le code du travail ne devaient pas cacher une tentative d’imposer plus de vulnérabilité sous couvert de flexibilité. Les données du Haut Commissariat au Plan révèlent que plus de 55 % des salariés au Maroc travaillent sans contrat de travail formel, ce qui les place dans une position vulnérable et ouvre la porte à de multiples formes d’exploitation, a-t-il déclaré.
Il a ajouté que cette situation prive de larges catégories de travailleurs des droits sociaux et professionnels les plus élémentaires et les place en dehors de toute protection réelle, soulignant qu’une véritable réforme doit passer par l’application de la loi et le respect des droits fondamentaux des salariés.
Dans le même contexte, M. Lotfi a salué la décision de réduire le temps de travail des agents de sécurité de 12 à 8 heures par jour, considérant cette mesure comme une justice pour un groupe qui souffrait de conditions difficiles et d’une exploitation continue sans garanties adéquates en termes de salaire et de protection sociale.
Il a également souligné l’importance de préserver les droits et libertés syndicaux conformément aux conventions internationales ratifiées par le Maroc, en insistant sur le fait que le concept de travail décent ne peut être dissocié de la garantie d’un salaire décent, d’une retraite équitable et d’une couverture sociale complète pour tous les travailleurs.
Pour sa part, Mohamed El Hattati, secrétaire général adjoint de la Confédération démocratique du travail, a souligné que le ministère de l’inclusion économique, de la microentreprise, de l’emploi et des compétences a ouvert un débat sur l’amendement du code du travail, mais ce débat, a-t-il dit, ne doit pas être orienté de manière à répondre uniquement aux demandes des employeurs au détriment des droits des salariés.
Il a expliqué que la position de la Confédération est basée sur le fait que parler de l’amendement n’est pas une priorité à l’heure actuelle, et qu’il faut d’abord procéder à une véritable évaluation du code existant et des raisons pour lesquelles un certain nombre de ses dispositions ne sont pas respectées. Il s’est interrogé sur l’utilité de modifier certaines clauses alors qu’il existe encore des chapitres juridiques qui ne sont pas respectés par les différentes parties.
En ce qui concerne les nouvelles professions et l’évolution rapide du marché du travail, M. Hattati s’est dit ouvert à l’idée d’un code plus moderne qui réponde à ces changements, mais il a souligné qu’il rejetait tout amendement qui ferait de la flexibilité une couverture pour imposer une plus grande fragilité dans les relations de travail.
Le débat sur le code du travail devrait se poursuivre au cours de la période à venir, entre les appels des employeurs à moderniser le cadre juridique pour répondre aux exigences de l’économie et de l’investissement, et l’insistance des syndicats sur le fait que toute réforme doit maintenir l’équilibre nécessaire entre la compétitivité des entreprises et la sauvegarde des acquis sociaux des travailleurs.
