La France connaît aujourd’hui, jeudi 5 novembre, une journée nationale de grèves et de manifestations, au cours de laquelle des centaines de milliers de personnes devraient descendre dans la rue, et la production d’électricité des réacteurs nucléaires a baissé d’environ 2,4 gigawatts après que les salariés du secteur de l’énergie se sont joints au mouvement.
Les plus grands syndicats français, notamment la CGT et la CFDT, ont appelé à la mobilisation, aux côtés d’organisations étudiantes et de jeunesse qui ont joué un rôle de premier plan dans le mouvement de protestation au cours des dernières semaines.
Une forte participation attendue dans la capitale et les grandes villes
Les services de renseignement intérieurs estiment qu’entre 500 000 et 700 000 manifestants descendront dans les rues en dehors de Paris, auxquels s’ajouteront entre 40 000 et 80 000 dans la capitale. Le ministère de l’Intérieur a annoncé qu’il se préparait à plus de 220 manifestations dans les rues, tandis que les syndicats ont fait état d’environ 260 rassemblements à travers le pays.
Les principales manifestations se concentrent à Paris, Lyon, Marseille et dans d’autres grandes villes. Les syndicats exigent du gouvernement qu’il revoie sa politique économique et sociale, soulignant la hausse des dépenses des ménages et la détérioration de l’accès aux services publics. Les chiffres annoncés sont des estimations préliminaires et ne constituent pas le décompte définitif des participants.
70 000 policiers et gendarmes mobilisés et restrictions sur les parcours de manifestation
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a annoncé la mobilisation de 70 000 policiers et gendarmes pour sécuriser les grandes villes et les quartiers ayant déjà connu des affrontements, des incendies et des actes de vandalisme, les autorités devant recourir à des drones et à des hélicoptères pour suivre la situation sur le terrain.
À Paris, la préfecture de police a rejeté le parcours proposé par les syndicats, qui allait de la place de la Bastille à la place de la Concorde, en raison de craintes sécuritaires liées au centre de la capitale, et a autorisé à la place un défilé principal partant de la place de la République vers la place de la Nation. À Lyon, des restrictions ont été imposées aux manifestations dans le centre-ville, et certains itinéraires ont été tranchés devant les tribunaux administratifs.
Le ministre a averti que les forces de l’ordre interviendraient face à toute violence ou tentative de dégradation de biens, les services de sécurité estimant probable la participation de groupes radicaux ayant déjà pris part à des affrontements avec la police. Le gouvernement insiste en revanche sur le fait que la mission première des forces de l’ordre est de garantir la possibilité d’organiser des manifestations pacifiques.
Des manifestations scolaires aux revendications sociales générales
La vague actuelle trouve ses racines dans les mobilisations des élèves et des étudiants en septembre, en protestation contre le manque d’enseignants, la détérioration des conditions d’étude, le sous-financement des établissements scolaires et l’incertitude quant aux perspectives d’emploi. Ils ont ensuite été rejoints par des travailleurs de différents secteurs et par des syndicats, et les revendications se sont élargies pour inclure l’augmentation des salaires et des retraites, l’amélioration des services publics et la maîtrise de la hausse du coût de la vie.
La colère a été exacerbée par la hausse des prix du carburant et des produits de première nécessité, sur fond de crise énergétique internationale. La tension a atteint son paroxysme le 17 octobre, lorsque des manifestations de grande ampleur dans plusieurs villes ont dégénéré en affrontements avec la police, au cours desquels des commerces et des bâtiments publics ont été endommagés, des incendies ont éclaté et de nombreuses arrestations ont eu lieu.
Le 31 octobre, le ministère de l’Intérieur a dénombré environ 320 000 participants, tandis que les organisateurs ont estimé ce nombre à près d’un demi-million. La plupart des manifestations de cette journée se sont déroulées pacifiquement, même si des affrontements ont repris après la fin de certains rassemblements.
La production d’électricité nucléaire recule
Les salariés du secteur de l’énergie se sont joints au mouvement, et les grèves ont entraîné une baisse de la production d’électricité nucléaire d’environ 2,4 gigawatts, selon Reuters.
La France est l’un des pays les plus dépendants de l’énergie nucléaire : selon les données de l’Agence internationale de l’énergie atomique, les réacteurs ont couvert environ 68 % de la production totale d’électricité en 2025. Par conséquent, toute baisse temporaire de la capacité des réacteurs pourrait avoir une incidence sur l’équilibre de l’approvisionnement en électricité et sur le volume des exportations vers les pays voisins.
Toutefois, la baisse de production due à la grève n’implique ni un arrêt d’urgence des réacteurs ni une menace directe pour la sûreté nucléaire ; elle est liée à des contraintes d’exploitation liées aux mouvements sociaux. EDF a confirmé la participation des syndicats du secteur à la mobilisation nationale, après que des grèves similaires en septembre avaient temporairement réduit de quelques gigawatts les capacités disponibles des centrales électriques.
Les écoles et les transports dans la ligne de mire de la grève
Le mouvement pourrait toucher les transports publics, les chemins de fer, les hôpitaux, les services postaux et les établissements scolaires. Le ministère de l’Éducation prévoit que près de 17,5 % des enseignants des écoles primaires publiques se joindront à la grève, tandis que les syndicats des chemins de fer et des transports publics ont mis en garde contre des retards et des annulations de trajets.
Les participants réclament une augmentation du salaire minimum, une hausse générale des salaires et une révision de la politique fiscale, et le financement de l’éducation reste un dossier à part entière, les organisations étudiantes réclamant une amélioration des conditions d’étude, une augmentation du nombre d’enseignants et un élargissement des perspectives d’avenir pour les jeunes à l’issue de leurs études. Les syndicats expriment quant à eux leur inquiétude face aux risques de pertes d’emplois et à la détérioration de la situation économique.
Macron tient une réunion sur la sécurité et les syndicats critiquent le rassemblement
Le 4 novembre, le président Emmanuel Macron a tenu une réunion sur les questions de défense et de sécurité consacrée à la préparation de la nouvelle vague de manifestations, le gouvernement cherchant à éviter que ne se reproduisent les émeutes du 17 octobre, qui ont entraîné d’importants dégâts matériels et suscité des critiques quant à la gestion de la situation par les autorités.
La porte-parole du gouvernement, Maud Brigon, a déclaré que les autorités veillaient tout particulièrement à ce qu’une nouvelle vague de violence n’éclate pas, tandis que les syndicats critiquent l’ampleur du dispositif sécuritaire et les restrictions imposées aux itinéraires de manifestation, et estiment que le gouvernement doit d’abord répondre aux revendications sociales des manifestants. Après les événements d’octobre, Paris avait renforcé les restrictions concernant l’organisation de rassemblements de masse dans certaines villes.
Ces manifestations interviennent environ cinq mois avant l’élection présidentielle prévue en 2027, à un moment où les partis politiques français redoublent d’activité. Le premier défi pour l’administration Macron reste de concilier le maintien de l’ordre public et la recherche d’ententes avec les syndicats.
Le nombre définitif de participants, l’ampleur des perturbations dans les transports et l’impact réel de la grève sur le secteur de l’électricité ne seront connus qu’à l’issue des manifestations nationales, le 5 novembre.
