Des centaines de militants et d'opposants au président tunisien Kais Saïd sont descendus jeudi dans les rues de la capitale, Tunis, pour réclamer son départ et le retour à la démocratie, dans un contexte de critiques croissantes à l'égard de la situation politique, économique et sociale du pays.
Les manifestants ont scandé des slogans appelant Saïd à démissionner, l’accusant de concentrer les pouvoirs entre ses mains et de glisser vers un régime autocratique. Ils ont également réclamé la libération de personnalités politiques de l’opposition, de journalistes et de militants emprisonnés.
Cette manifestation fait suite à une importante manifestation qui s’est déroulée dans la capitale le mois dernier, à l’occasion de l’anniversaire des mesures prises par Saïd le 25 juillet 2021, lorsqu’il a dissous le gouvernement puis le parlement élu et instauré un régime de décrets, des mesures que l’opposition qualifie de coup d’État contre le processus démocratique.
Par la suite, le président tunisien a dissous le Conseil supérieur de la magistrature et démis de leurs fonctions des dizaines de juges, affirmant que ces mesures visaient à lutter contre la corruption, tandis que des organisations internationales de défense des droits de l’homme ont critiqué ces démarches et les ont considérées comme une atteinte à l’indépendance de la justice.
La rue Habib Bourguiba, qui compte parmi les principaux lieux de manifestation de la capitale, a fait l’objet d’un déploiement sécuritaire massif, tandis que les manifestants brandissaient des slogans appelant au rétablissement des libertés et à la libération de ceux qu’ils considèrent comme des prisonniers politiques.
Le militant politique Wissam Al-Saghir a déclaré à l’agence « Reuters » : « Assez de ces manœuvres, assez d’injustice… Le pays connaît un effondrement total à tous les niveaux. »
Ces mouvements s’inscrivent dans un contexte de pressions économiques et sociales croissantes, notamment la hausse du coût de la vie, la dégradation de certains services publics et la pénurie de certains produits et médicaments.
De plus, plusieurs régions ont connu ces dernières semaines des manifestations locales liées aux coupures d’eau et d’électricité ainsi qu’à des problèmes environnementaux, ce qui témoigne de l’élargissement du mécontentement à des questions dépassant le cadre du différend politique direct.
Les opposants à Saïd affirment qu’il a affaibli les institutions mises en place après la révolution de 2011 et ramené le pays à un mode de gouvernance plus autoritaire, tandis que le président affirme que ses mesures étaient nécessaires pour mettre fin à la corruption et au chaos politique, et nie chercher à instaurer un régime dictatorial.
Par ailleurs, des organisations de défense des droits de l’homme accusent les autorités tunisiennes d’utiliser le système judiciaire et les services de sécurité contre les opposants, les journalistes et les militants, tandis que les autorités nient l’existence d’une répression politique et affirment que les poursuites sont fondées sur la loi et portent sur des affaires de corruption ou des accusations liées à des complots contre la sûreté de l’État.
Kais Saïd avait été élu président en 2019, avant de redéfinir en profondeur les contours du système politique depuis l’été 2021.
Malgré la poursuite des manifestations et l’intensification des critiques, Saïd continue de contrôler les institutions fondamentales de l’État, tandis que l’opposition est confrontée au défi de transformer la colère populaire dispersée en une pression politique organisée et unifiée.
