Les autorités marocaines et espagnoles ont renforcé, ce vendredi, les mesures de sécurité autour de la barrière frontalière qui entoure la ville de Ceuta, à la suite d’une vague de franchissement massif sans précédent au cours de laquelle près de 49 000 personnes ont pénétré sur le territoire par voie terrestre et maritime en l’espace d’une seule journée, selon les chiffres figurant dans les rapports qui circulent.
Ces tentatives de traversée ont entraîné la mort par noyade d’au moins 19 personnes, tandis que le déploiement massif des forces de sécurité semble avoir réussi à ralentir l’afflux et à mettre un terme à la plupart des nouvelles tentatives.
Aux abords de Ceuta, les autorités marocaines ont déployé des camions équipés de canons à eau et ont dispersé les rassemblements loin de la zone frontalière, tandis qu’un autocar et sept voitures incendiées ont été aperçus près d’un lieu où des affrontements avec la foule avaient eu lieu.
Céuta, tout comme Melilla, constitue la seule frontière terrestre entre l’Union européenne et le continent africain ; la population totale de ces deux villes s’élève à environ 85 000 habitants.
L’Espagne s’apprête à rapatrier les ressortissants étrangers
Les autorités espagnoles ont affirmé qu’elles s’efforceraient de renvoyer les personnes entrées illégalement dans le pays dans les meilleurs délais, tout en respectant les décisions de justice et en garantissant les droits des migrants.
Le gouvernement espagnol est confronté à des difficultés juridiques suite à un arrêt rendu par la Cour suprême au début du mois, qui restreint les renvois immédiats des personnes interceptées en mer alors qu’elles tentaient de rejoindre Ceuta ou Melilla.
Le ministre espagnol chargé de la politique régionale, Ángel Víctor Torres, a déclaré que cette mesure pourrait figurer parmi les facteurs ayant favorisé l’augmentation du nombre d’arrivées, soulignant que le gouvernement était intervenu dès les premières heures de la crise.
Le Premier ministre Pedro Sánchez doit se rendre à Ceuta, en compagnie du ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlasca, afin de se rendre compte de la situation sur le terrain et d’évaluer les besoins en matière de sécurité et d’aide humanitaire.
Les autorités espagnoles ont qualifié cet événement de plus grave crise de ce type depuis au moins 2021, la ville n’ayant jamais enregistré auparavant le passage de près de 50 000 personnes en une seule journée.
La pression se maintient du côté de Al-Faydaq
Du côté marocain, des milliers de personnes sont arrivées dans la ville de Fnideq au cours de la nuit, malgré le renforcement des dispositifs de sécurité et la fermeture apparente du poste-frontière.
Des groupes ont continué à se déplacer le long du littoral à la recherche de chemins alternatifs pour contourner la barrière, tandis que d’autres se préparaient à tenter de rejoindre Ceuta à la nage.
Ces rassemblements regroupaient des jeunes, des femmes et des enfants originaires du Maroc et des pays d’Afrique subsaharienne, alors que des associations locales ont averti que les capacités d’accueil à Ceuta n’étaient plus suffisantes pour faire face à ces afflux importants.
Plusieurs organisations œuvrant en faveur des migrants ont déclaré que cette crise mettait en évidence la nécessité d’une refonte en profondeur des politiques d’immigration, qui tienne compte des spécificités des frontières méridionales de l’Union européenne et préserve la dignité et les droits des migrants et des réfugiés.
L’association de la Garde civile espagnole a également critiqué le nombre insuffisant de policiers déployés près de la barrière lors de la vague de franchissement de jeudi.
Différend diplomatique entre l’Espagne et l’Italie
Cette crise a entraîné des tensions politiques au sein de l’Europe, après que la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a menacé de prendre des mesures exceptionnelles, notamment la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne, selon les déclarations qui lui sont attribuées.
Mme Meloni a estimé que les images en provenance de Ceuta reflétaient la gravité que représente l’immigration clandestine pour la sécurité des frontières européennes.
De son côté, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a critiqué le programme de régularisation des migrants lancé par le gouvernement espagnol, estimant que l’octroi de la nationalité à plus de 500 000 migrants en situation irrégulière encourageait les réseaux de traite des êtres humains.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a rejeté ces déclarations, les qualifiant d’« inacceptables », et a souligné que Madrid attendait de ses partenaires européens qu’ils fassent preuve de solidarité et non qu’ils se livrent à des manœuvres politiques.
Il a également annoncé son intention de convoquer l’ambassadeur italien pour protester contre cette position, ce qui laisse présager une aggravation du différend entre les deux pays concernant la gestion de la question migratoire au sein de l’Union européenne.
