Les efforts déployés par le Maroc pour réduire sa dépendance vis-à-vis des importations de blé et renforcer l’approvisionnement des minoteries en céréales locales se heurtent à plusieurs obstacles, malgré les prévisions d’une forte hausse de la production après plusieurs années consécutives de sécheresse.
Selon des responsables du secteur meunier et des négociants en céréales interrogés par l’agence « Reuters », les fortes pluies hivernales ont poussé le gouvernement à imposer des droits de douane de 135 % sur les importations de blé au cours des mois de juin et juillet, dans le but d’encourager la consommation de la production locale.
Le Maroc, qui figure parmi les plus grands importateurs de blé au monde, prévoit que sa production céréalière, y compris celle de blé tendre, devrait presque doubler par rapport à la saison précédente. Cependant, la récolte avance plus lentement que prévu en raison d’une pénurie de main-d’œuvre, de la vétusté des équipements, de l’insuffisance des machines, ainsi que de la persistance des précipitations pendant une période plus longue que d’habitude.
Les vacances de l’Aïd al-Adha ont accentué le ralentissement de l’activité dans les champs, alors que les professionnels estiment que le secteur agricole tente concrètement de relancer ses capacités de production après sept années de sécheresse.
La qualité du blé impose de recourir au mélange
Les difficultés ne se limitent pas au rythme de la récolte, mais concernent également la qualité de la récolte. Les représentants du secteur meunier ont en effet indiqué que la teneur moyenne en protéines du blé local s’élevait à environ 10,5 %, un taux inférieur au seuil minimum requis pour la production de farine de panification, fixé à 11,5 %.
C’est pourquoi les propriétaires de moulins sont contraints de mélanger le blé local à du blé importé à haute teneur en protéines afin de respecter les normes de qualité requises dans l’industrie de la farine.
Le blé marocain est également confronté à un problème lié à la grande diversité des variétés cultivées, ce qui complique le traitement industriel et l’uniformisation de la qualité au sein des moulins.
À cela s’ajoute le fait que les céréales fraîchement récoltées doivent être stockées pendant une période pouvant aller jusqu’à quatre semaines avant d’être moulues, ce qui accentue la pression sur les systèmes de stockage, de transport et de distribution.
Un objectif gouvernemental difficile à atteindre avant la reprise des importations
Le gouvernement subordonne la reprise des importations à compter du 1er août à l’acheminement d’au moins 1,2 million de tonnes de céréales locales vers les circuits de distribution réglementés, tels que les moulins, les silos, les stocks stratégiques et les filières d’approvisionnement officielles.
Cependant, certains professionnels estiment que cet objectif sera difficile à atteindre, car un certain nombre de petits agriculteurs conservent une partie de leur récolte pour leur consommation personnelle, sans compter que les céréales parviennent aux entrepôts plus lentement que prévu.
Si le volume cible n’est pas atteint dans les délais, les restrictions à l’importation pourraient être prolongées d’un mois supplémentaire, ce qui risquerait de peser sur les stocks et de créer des tensions au niveau de l’approvisionnement dans les ports.
Malgré cela, le gouvernement affirme que le soutien aux agriculteurs locaux reste une priorité, tandis que les commerçants et les propriétaires de moulins reconnaissent que le Maroc devra probablement recommencer à importer pour garantir la stabilité du marché.
Selon les données officielles de la Fédération nationale des négociants en céréales et en légumineuses, la France a représenté, au cours de la dernière campagne, 70 % des importations marocaines de blé tendre, qui se sont élevées à 5,1 millions de tonnes, suivie par l’Argentine, la Russie et l’Allemagne.
