On craint de plus en plus que l’industrie aéronautique en Asie, et dans une moindre mesure en Europe, n’entre dans une phase critique en raison de la fermeture continue du détroit d’Ormuz, qui menace de réduire l’approvisionnement en kérosène et d’ouvrir la porte à une crise qui pourrait affecter directement le trafic aérien dans les semaines à venir.
Les pays asiatiques et européens dépendent fortement des produits pétroliers provenant des raffineries du Golfe, de sorte que toute interruption prolongée du transit par le détroit constitue un facteur de stress pour les chaînes d’approvisionnement. Au fur et à mesure que la fermeture se prolonge, la probabilité d’une pénurie réelle de carburéacteur augmente, bien que la date exacte d’épuisement des réserves reste à déterminer.
Claudio Galimberti, économiste chez Rystad Energy, a déclaré qu’au cours des trois ou quatre prochaines semaines, la situation pourrait se transformer en une véritable crise structurelle en termes de disponibilité du kérosène, avertissant que l’Europe pourrait connaître de fortes réductions du nombre de vols, peut-être dès les mois de mai et juin.
Malgré ces avertissements, la Commission européenne s’est empressée de souligner que l’UE n’est pas actuellement confrontée à une véritable pénurie de carburant. Elle a toutefois reconnu que des ruptures d’approvisionnement pourraient survenir dans un avenir proche, notamment en ce qui concerne le kérosène, si la situation actuelle perdure.
Avertissement de pénuries imminentes en Europe
Le Conseil des aéroports d’Europe a informé la Commission européenne la semaine dernière que des pénuries de kérosène pourraient apparaître d’ici trois semaines, si les pétroliers ne recommencent pas à transiter par le détroit d’Ormuz avant cette date.
Cet avertissement est d’autant plus important qu’avant le déclenchement de la guerre, le détroit assurait environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole brut et en gaz naturel liquéfié (GNL), avant d’être presque totalement paralysé depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, le 28 février.
Le président de l’AIE, Fatih Birol, a également prévenu que l’Europe pourrait commencer à faire face à des pénuries de carburéacteur à partir du mois de mai, avant que l’agence n’évoque dans son rapport mensuel un scénario plus spécifique, selon lequel les stocks européens pourraient tomber à un niveau critique de 23 jours seulement d’ici juin, si les marchés européens ne sont pas en mesure de remplacer plus de la moitié des volumes en provenance du Moyen-Orient.
L’impact ne sera pas uniforme selon les pays et les aéroports
Tous les pays ne sont pas susceptibles d’être affectés de la même manière. Le Japon, par exemple, dépend fortement des importations, mais a accumulé d’importantes réserves qui peuvent lui donner une plus grande marge de sécurité. En Europe, la situation varie d’un pays à l’autre : l’Autriche, la Bulgarie et la Pologne semblent plus à l’aise en termes de stocks, le Royaume-Uni, l’Islande et les Pays-Bas plus vulnérables, tandis que la France se situe entre les deux.
Cette disparité s’applique également aux aéroports et aux compagnies aériennes, les petits aéroports devant être plus vulnérables que les grands centres aériens, selon un certain nombre d’experts. Ils estiment que le scénario le plus probable n’est pas un arrêt total du trafic aérien, mais plutôt une annulation partielle des vols pour certaines compagnies aériennes et dans certains des aéroports les plus vulnérables.
Les compagnies aériennes demandent une plus grande visibilité
Les compagnies aériennes, quant à elles, maintiennent que leur capacité à programmer les vols à venir reste limitée en raison du manque de clarté sur la disponibilité du carburant dans la période à venir.
L’Association des compagnies aériennes européennes, qui comprend de grands groupes tels qu’Air France-KLM, Lufthansa et Ryanair, a demandé à la Commission européenne de fournir des informations précises et en temps réel sur les niveaux des stocks de carburéacteur dans les aéroports, afin que les compagnies puissent mieux planifier leurs activités.
Toutefois, cette exigence se heurte à la réticence des fournisseurs de carburant à partager avec les compagnies aériennes ce qu’ils considèrent comme des données commerciales et sensibles.
Total Energy a prévenu qu’elle pourrait ne pas être en mesure de répondre à la demande de tous ses clients si les approvisionnements en provenance du Golfe continuaient d’être perturbés jusqu’en juin. Patrick Pouyanné, directeur général de Total Energy, a déclaré que si la guerre et le blocus se poursuivaient pendant plus de trois mois, cela pourrait entraîner de graves problèmes d’approvisionnement pour certains produits pétroliers, notamment le kérosène.
