Les pays arabes du Golfe ont annulé une réunion prévue lundi avec l'Iran, alors que la région connaissait une nouvelle escalade sécuritaire suite aux attaques des Houthis contre l'Arabie saoudite et à la reprise des combats au Yémen, ce qui a accru les craintes concernant l'approvisionnement mondial en pétrole, selon l’agence Reuters.
Selon Reuters, les Houthis, alliés de l’Iran, ont annoncé avoir lancé des dizaines de missiles et de drones en direction d’une base aérienne militaire saoudienne à Khamis Mushait, près de la frontière yéménite.
Le groupe a déclaré que l’attaque visait des hangars d’avions, des systèmes radar, des pistes d’atterrissage et des dépôts de munitions, et l’a présentée comme une riposte aux frappes aériennes saoudiennes qui ont visé le Yémen ces derniers jours.
Selon Reuters, les autorités saoudiennes ont déclaré l’état d’urgence pour une courte durée à Khamis Mushait et dans trois autres villes du sud du royaume qui avaient déjà été la cible d’attaques des Houthis.
Les combats s’étendent aux voies d’approvisionnement en énergie
Cette escalade fait suite aux développements sur le terrain observés au Yémen au cours de la semaine dernière. Selon Reuters, les Houthis ont réussi à prendre le contrôle de l’île de Buraim, située dans le détroit de Bab al-Mandab, à l’entrée sud de la mer Rouge.
L’agence a également rapporté que les Houthis avaient progressé dans des zones côtières, notamment dans la ville historique de Mokha, tandis que des milliers de civils fuyaient le littoral vers l’intérieur des terres pour échapper aux combats.
Dans le même temps, l'oléoduc saoudien Est-Ouest, qui permet d'acheminer le pétrole vers la côte de la mer Rouge en contournant le détroit d'Ormuz, a été la cible d'une attaque qui a entraîné son arrêt.
Reuters a indiqué que Riyad avait fait état de l’implication dans cette attaque de militants soutenus par l’Iran en Irak, tandis que des images satellites, selon l’agence, montraient des dégâts causés par des incendies sur certaines parties de l’oléoduc.
Les autorités saoudiennes n’ont pour l’instant pas communiqué d’estimation précise du délai nécessaire à la remise en service de l’oléoduc.
Les cours du pétrole s’envolent
Cette escalade s’est directement répercutée sur les marchés de l’énergie, les cours du pétrole brut ayant bondi de plus de 3 % à l’ouverture des marchés lundi, après le week-end.
Reuters a rapporté, d’après des opérateurs, que la fermeture prolongée de l’oléoduc saoudien pourrait menacer de perturber jusqu’à 4 % de l’approvisionnement mondial en pétrole s’il n’était pas remis en service dans les jours à venir.
Aux États-Unis, le prix moyen du diesel à la pompe a dépassé les 6,23 dollars le gallon, un niveau record qui accentue les pressions politiques et économiques liées à la hausse des prix de l’énergie.
Report d’une réunion sur le détroit d’Ormuz
La Sultanat d’Oman devait accueillir une réunion entre l’Iran et plusieurs pays du Golfe afin de discuter des efforts visant à rouvrir le détroit d’Ormuz, l’un des principaux couloirs d’exportation de pétrole au monde.
Cependant, le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Al-Busaidi, a annoncé le report de cette réunion, expliquant que cette décision avait été prise « par souci de consensus », tandis que l’Iran a déclaré que ce report avait été demandé par l’Arabie saoudite.
Selon les informations rapportées par Reuters, le détroit d’Ormuz reste en grande partie fermé depuis le début de la confrontation entre les États-Unis, Israël et l’Iran fin février.
Par ailleurs, une autorité iranienne chargée de la gestion du trafic dans le détroit a publié une liste de 77 navires qui, selon elle, « enfreignent les protocoles iraniens relatifs au détroit d’Ormuz ».
L’organisme a indiqué que les navires figurant sur cette liste s’exposaient à l’avenir à des amendes, à la saisie ou à la confiscation, et a menacé d’y ajouter les navires qui coopèrent avec eux.
Washington face à des pressions croissantes
Selon Reuters, l’extension du conflit au Yémen place l’administration américaine face à des choix difficiles, entre les pressions pour soutenir l’Arabie saoudite et la volonté de Washington d’éviter de s’engager directement sur un nouveau front.
L’agence a rapporté, citant trois sources, que les États-Unis avaient jusqu’à présent rejeté les demandes du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane visant à une intervention militaire au Yémen.
Le président américain Donald Trump a déclaré avoir s’être entretenu avec le prince héritier saoudien, précisant également que les Houthis avaient pris contact avec son administration et demandé à Washington de ne pas intervenir directement dans la guerre au Yémen.
Les États-Unis avaient mené une campagne de frappes aériennes contre les Houthis pendant deux mois en 2025, avant que Trump n’en annonce la fin, affirmant que le groupe ne constituait plus une menace pour la navigation dans la mer Rouge.
La hausse des prix de l'énergie accentue la pression sur l'administration américaine à l'approche des élections de mi-mandat du Congrès en novembre, tandis que Trump a réitéré sa prévision d'une fin de la guerre avec l'Iran dans le courant de l'année, ce qui, selon lui, pourrait ouvrir la voie à une forte baisse des prix du carburant.
