L'Arabie saoudite, la Jordanie et l'Irak ont annoncé lundi avoir détecté des attaques de drones, deux jours après la suspension par les États-Unis d’une campagne de frappes aériennes qui avait duré près de deux semaines contre l’Iran, dans un contexte qui reflète la fragilité de l’apaisement régional malgré la cessation des frappes directes entre Washington et Téhéran.
Le ministère saoudien de la Défense a déclaré que les défenses aériennes avaient intercepté et détruit plusieurs drones qui tentaient de prendre pour cible des installations pétrolières dans la région orientale et à Riyad.
Le porte-parole du ministère, le général de division Turki Al-Maliki, a précisé que ces drones avaient, selon la version saoudienne, décollé du territoire irakien et avaient été lancés par des milices liées à l’Iran, soulignant que le Royaume se réservait le droit de riposter au moment et à l’endroit opportuns.
Le ministère saoudien des Affaires étrangères a également condamné ces attaques et appelé le gouvernement irakien à prendre les mesures nécessaires pour empêcher que son territoire ne serve de base de lancement pour attaquer le Royaume.
De son côté, le groupe yéménite des Houthis a revendiqué la responsabilité des attaques visant des sites liés à l’approvisionnement en pétrole brut et à son transport depuis l’est de l’Arabie saoudite vers la ville de Yanbu, sur la mer Rouge.
Le porte-parole militaire du groupe, Yahya Sari’, a déclaré que cette opération constituait une riposte à ce qu’il a qualifié d’intrusion de drones saoudiens dans l’espace aérien yéménite.
En Jordanie, l’armée a annoncé avoir intercepté deux drones qui visaient le territoire du royaume, précisant que cette opération n’avait fait ni blessés ni dégâts matériels, sans toutefois identifier l’auteur du lancement de ces drones.
En Irak, des sources sécuritaires ont indiqué qu’une série d’attaques à l’aide de drones avait visé des camps des forces kurdes opposées à l’Iran dans le nord du pays, sans qu’aucune accusation officielle ne soit portée contre une partie quelconque.
La suspension des frappes américaines ne met pas fin aux tensions
Le président américain Donald Trump avait annoncé de manière inattendue la suspension d’une campagne militaire qui s’était poursuivie pendant 13 nuits consécutives et qui avait donné lieu à des frappes intensives contre des cibles en Iran, auxquelles Téhéran avait riposté en prenant pour cible des bases américaines dans la région.
Selon un responsable américain et des informations parues dans les médias, cette décision fait suite à une recommandation des hauts responsables militaires, selon laquelle la campagne avait atteint ses limites, ainsi qu’à des craintes concernant l’épuisement des systèmes de défense aérienne utilisés pour protéger les bases américaines.
L’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a déclaré que la suspension des attaques visait à ouvrir la voie à des négociations, tandis que Téhéran a souligné qu’il n’avait pas demandé la reprise des pourparlers.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismail Baqai, a confirmé que les médiateurs continuaient de transmettre des messages entre les deux parties, mais il a qualifié de « fausses » les informations selon lesquelles l’Iran aurait demandé un retour à la table des négociations.
L’Iran a déclaré qu’il cesserait ses attaques tant que les États-Unis s’engageraient à mettre fin aux frappes, mais a réaffirmé dans le même temps sa volonté de contrôler le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
Le détroit d’Ormuz reste un foyer d’escalade
Les médias officiels iraniens ont rapporté que les autorités avaient refoulé six navires qui avaient tenté de traverser le détroit sans autorisation, précisant que l’un d’entre eux avait été victime d’un accident.
Elles ont cité une source bien informée affirmant que le passage devait s’effectuer par la voie définie par l’Iran, avertissant que les autres voies n’étaient pas sûres.
Téhéran insiste sur le fait que les navires ne peuvent emprunter le détroit que par une voie soumise à son contrôle, près de ses côtes, tandis que Washington défend la liberté de navigation dans ce passage vital pour les marchés mondiaux de l’énergie.
En juin, les États-Unis et l’Iran étaient parvenus à un accord-cadre provisoire pour des pourparlers qui devaient se tenir avant la fin du mois d’août, mais le désaccord sur l’interprétation des clauses relatives au détroit d’Ormuz a empêché tout progrès tangible.
L’Iran cherche également à consolider son influence dans le détroit par le biais d’accords avec la Sultanat d’Oman, qui contrôle la rive opposée, une délégation omanaise s’étant rendue à Téhéran pour discuter de cette question.
Le pétrole recule malgré la persistance des risques
La suspension de la campagne américaine a entraîné une forte baisse des cours du pétrole, dans l’espoir d’un retour partiel des approvisionnements interrompus.
Le Brent a perdu environ 6 % au cours de la séance, après avoir enregistré une baisse allant jusqu’à 9,5 %, alors qu’il avait brièvement franchi la barre des 100 dollars le baril la semaine précédente.
Malgré cette baisse, les marchés restent extrêmement sensibles à toute nouvelle escalade, notamment compte tenu de la poursuite des attaques de drones et des menaces pesant sur le détroit d’Ormuz et les installations énergétiques de la région.
