Le Maroc poursuit la mise en place d’une vaste stratégie de gestion de l’eau reposant sur deux piliers fondamentaux : la captation des eaux de surface par le biais de barrages et le dessalement de l’eau de mer en tant qu’option industrielle, dans un contexte de stress hydrique structurel et de variabilité croissante des régimes pluviométriques. Cette politique vise, selon le quotidien « Le Lauriconomiste » dans son édition du jeudi 29 octobre, vise à redessiner la carte hydrologique du Royaume à l’horizon 2031, en s’appuyant sur des objectifs chiffrés précis et des chantiers structurants dévoilés par le projet de loi de finances pour l’année 2027.
Le dessalement pour couvrir 60 % des besoins en eau potable
Le dessalement de l’eau de mer s’impose comme un pilier industriel pour garantir l’approvisionnement en eau potable, parallèlement à la gestion des ressources de surface. Les estimations du projet de loi de finances 2027 prévoient une capacité totale de dessalement dépassant 1,8 milliard de mètres cubes par an à l’horizon 2031, grâce à une nouvelle génération de stations implantées dans plusieurs régions côtières, notamment la région de l’Est, Souss-Massa, Tanger, Guelmim-Tantan et Rabat.
Cette eau dessalée couvrira environ 60 % des besoins nationaux en eau potable, ce qui affranchira progressivement les régions côtières de leur dépendance vis-à-vis des aléas climatiques.
Une capacité de stockage supérieure à 24 milliards de mètres cubes
Les données issues de l’exposé des motifs du projet de loi de finances 2027 et de la plateforme « Ma’adalan » indiquent que la capacité totale de stockage des barrages dépassera 24 milliards de mètres cubes avant la fin de l’année 2027. Cet objectif reflète la maturité d’un programme lancé il y a plusieurs années, qui a permis la réalisation de huit grands barrages entre 2020 et 2023, pour une capacité supplémentaire de 1,89 milliard de mètres cubes.
Cinq autres grands ouvrages ont également bénéficié d’un financement anticipé, ce qui ajoute environ 746 millions de mètres cubes de capacité. Quatorze grands barrages sont actuellement en cours de construction dans le cadre d’un programme comprenant vingt ouvrages, tandis que les travaux de six barrages de taille moyenne ont débuté. L’année 2027 marquera une étape importante avec l’inauguration d’un nouveau barrage et le rehaussement d’un deuxième, parallèlement à un vaste programme de petits barrages et d’ouvrages annexes comprenant 155 réalisations.
Voies d’eau et interconnexion des bassins
La stratégie comporte un volet de solidarité entre les bassins grâce à ce que l’on appelle les « voies d’eau motorisées ». La phase d’urgence du transfert d’eau entre Sebou et Oued Rragrag est exploitée à pleine capacité pour assurer l’approvisionnement de l’axe Rabat-Casablanca, tandis que la liaison entre Oued Makhazen et Dar Khroufa garantit l’approvisionnement de Tanger. Un grand projet est en cours d’élaboration pour relier les bassins de Sebou, d’Abou Raqraq et d’Oum Er-Rabi, ce qui constituera l’épine dorsale hydraulique du centre du Royaume.
Outre ces infrastructures, la sécurité hydrique repose sur une gestion rigoureuse des eaux souterraines et sur des innovations techniques de pointe, telles que la réalisation de milliers de forages d’exploration, la conclusion de contrats de gestion partagée et la mise en place d’un système intelligent de surveillance en temps réel qui garantit la qualité de l’eau et permet d’anticiper les phénomènes extrêmes.
Le développement de ce secteur est lié au recours aux énergies renouvelables et à des partenariats public-privé axés sur l’agriculture, dans le but de préserver durablement les nappes phréatiques surexploitées et de garantir des circuits d’irrigation à forte valeur ajoutée.
