La Banque mondiale a indiqué que le programme « InnoInvest » avait permis de mobiliser plus de 70 millions de dollars de capitaux privés au profit des start-ups au Maroc, soit environ 2,4 fois l’objectif fixé lors de son lancement, comme l’indique une note récente consacrée au financement des start-ups dans le Royaume.
Lancé en 2016 grâce à un financement de 50 millions de dollars de la Banque mondiale, ce programme a été élaboré en partenariat avec le ministère de l’Économie et des Finances dans le but de structurer un marché du capital-risque qui n’en était encore qu’à ses débuts. Son principe repose sur l’utilisation de ressources publiques pour partager les risques avec les investisseurs privés, sans pour autant se substituer à eux dans les décisions d’investissement.
La note rappelle que la part des start-ups dans les investissements en capital-investissement au Maroc ne dépassait pas 6 % il y a dix ans, alors que les entreprises existantes, l’immobilier et les obligations attiraient l’attention des investisseurs.
La « vallée de la mort »
L’Institution financière internationale a souligné qu’en 2015, les entrepreneurs marocains se heurtaient à un obstacle majeur dans les premières phases de leurs projets, les banques exigeant des garanties dont ils ne disposaient pas, tandis que les financements destinés à la phase de conception et de lancement restaient limités. Les fonds de capital-investissement existants ciblaient en priorité les entreprises bien établies, avec des montants dépassant souvent les besoins des start-ups, estimés entre 20 000 et 3 millions de dollars.
Ce décalage entre les besoins des entrepreneurs et l’offre de financement a alimenté ce que l’on appelle la « vallée de la mort », cette phase où le projet innovant doit trouver les ressources nécessaires pour se transformer en une entreprise viable. Les premières structures d’accompagnement ont commencé à voir le jour, mais les incubateurs sont restés fragmentés et ne produisaient pas encore un flux régulier de start-ups suffisamment matures pour attirer les investisseurs.
La note ajoute que le développement du capital-risque se heurtait également à la prudence des investisseurs institutionnels et aux limites du cadre réglementaire ; de plus, la rentabilité de certaines générations de fonds de capital-risque n’était pas encourageante, ce qui a renforcé les réticences à l’égard de cette activité.
Dans ce contexte, « Innovest » a mis en place un mécanisme d’investissement conjoint entre les secteurs public et privé : l’État a ainsi investi, par l’intermédiaire de « Tamweelkom », l’organisme public chargé des garanties et du financement des entreprises, dans des fonds de capital-risque aux côtés d’investisseurs privés. Le programme prévoyait une asymétrie des rendements au profit des autres investisseurs afin de rendre ces investissements plus attractifs, les décisions d’investissement restant entre les mains des gestionnaires de fonds professionnels.
Ce nouveau cadre a permis, pour la première fois, à un fonds légalement établi au Maroc d’attirer des institutions internationales de financement du développement, parmi lesquelles la Société financière internationale (SFI) et « Proparco », ainsi que des investisseurs privés locaux. La réforme du cadre réglementaire du capital-investissement y a contribué, tout comme l’assistance technique fournie par la Banque mondiale dans le cadre du Programme conjoint pour le développement des marchés financiers (J-CAP), visant à lever les obstacles qui freinaient l’intervention des investisseurs.
En matière d’accompagnement, 16 incubateurs et accélérateurs ont obtenu l’agrément, dans le but de coordonner les initiatives existantes et de soutenir le parcours des porteurs de projets, de la conceptualisation de l’idée à la recherche de financement.
4 000 emplois directs
Près de 1 000 entrepreneurs ont bénéficié de subventions de démarrage, de prêts à taux préférentiels et d’un accompagnement personnalisé, et le programme a contribué à la création de plus de 4 000 emplois directs. Par ailleurs, les entreprises dirigées par des femmes ont attiré 27 % des financements, dépassant ainsi l’objectif initial fixé pour le projet.
La note a mis en lumière les obstacles qui freinaient le développement du marché, notamment les difficultés d’accès aux devises fortes, le droit des sociétés et la protection des investisseurs minoritaires, autant de dossiers qui ont alimenté des chantiers de réforme menés en parallèle du mécanisme de financement.
Un modèle qui inspire la région
Cette approche a inspiré huit projets du Groupe de la Banque mondiale dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, ainsi qu’en Afghanistan et au Pakistan, pour un financement total dépassant les 500 millions de dollars, le modèle marocain ayant été adopté dans d’autres initiatives visant à mobiliser des capitaux privés au profit d’entreprises innovantes.
Les nouvelles générations de mécanismes s’appuient sur une structure différente, puisqu’elles ont ajouté une protection contre les premières pertes au lieu d’un investissement conjoint, dans le but de concentrer le soutien public sur les risques que les investisseurs privés ont du mal à assumer. Aujourd’hui, « Tamweelkom », le Fonds de dépôt et de gestion (FDJ) et le Fonds d’investissement Mohammed VI s’inscrivent dans une architecture couvrant les différentes étapes du développement de l’entreprise, de l’idée à l’expansion.
Dans cette optique, un programme visant à accélérer la numérisation au Maroc a été adopté en juin 2026, avec un financement de 250 millions de dollars de la Banque mondiale, qui tire les leçons d’une décennie d’intervention publique dans le cadre d’un programme plus large de transformation numérique. Par ailleurs, la Société financière internationale (SFI) a récemment conclu un partenariat avec « Tamweelkom » autour d’un mécanisme de partage des risques d’une valeur de 300 millions de dollars visant à élargir l’accès au financement au profit des petites et moyennes entreprises ; il s’agit de la première collaboration entre les deux institutions.
Malgré ce bilan, des défis subsistent, notamment la mise en œuvre des réformes réglementaires et la dotation du marché d’une dimension régionale à la hauteur des ambitions du Maroc, selon la note, qui a souligné que la consolidation du système dépendait de la poursuite de la mobilisation des capitaux privés et de l’élargissement des possibilités de financement pour les entreprises.
