Le Maroc n’a plus l’intention d’attendre une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l’ONU concernant le conflit du Sahara, selon deux experts en droit international, qui ont affirmé que le veto russe n’avait pas remis en cause le cadre de négociation établi par la résolution 2797.
Cette prise de position fait suite à un vote infructueux organisé vendredi par le Conseil, au cours duquel la Russie a opposé son veto à un projet de résolution américain soutenu par 11 membres, visant à adopter l’initiative d’autonomie élargie proposée par le Maroc comme base exclusive des négociations, tout en restructurant la MINURSO. En revanche, le projet russe, qui demandait la prolongation du mandat de la mission pour une année supplémentaire, n’a recueilli que trois voix favorables, soit moins que le seuil requis de neuf voix ; aucun des deux textes n’a donc été adopté.
La résolution 2797, adoptée en octobre 2025, reste ainsi la dernière décision du Conseil sur ce dossier. Il stipulait que la proposition marocaine d’autonomie constituait la base des négociations en vue d’un règlement politique acceptable pour les deux parties et permettant l’autodétermination, et considérait qu’une véritable autonomie pourrait être l’option la plus viable. Toutefois, le mandat de la MINURSO a expiré le 31 octobre sans qu’aucune alternative ne vienne le remplacer.
Abdel Fattah Belmchi, président du Centre marocain pour la diplomatie parallèle et le dialogue des civilisations, a déclaré que le communiqué du Palais royal publié le 30 octobre marquait un tournant décisif dans la manière dont Rabat aborde ce dossier. Il a ajouté : « La position du Maroc est qu’il n’attendra aucune nouvelle décision du Conseil de sécurité », estimant que le Royaume a rompu avec des décennies de dépendance vis-à-vis de l’examen périodique de la question du Sahara par le Conseil.
Quant à Idris Lakrini, professeur de droit international et de relations internationales à l’université Cadi Ayyad de Marrakech, il a souligné que le veto russe ne pouvait ni invalider la résolution précédente ni effacer la portée diplomatique qui avait accompagné son adoption. Il a estimé que l’échec des deux projets de résolution révélait l’incapacité du Conseil à faire avancer le conflit, tandis que le soutien de 11 membres au projet américain témoignait d’un large appui en faveur d’une approche fondée sur l’autonomie marocaine.
Selon M. Krini, cette impasse renforce l’argument de Rabat en faveur de la fin d’une longue période de présence onusienne fondée sur des renouvellements répétés du mandat de la MINURSO, soulignant que le Maroc pourrait chercher à mettre fin au rôle de la mission tout en continuant à exercer son autorité sur ses provinces du sud et à maintenir la sécurité face à toute perturbation potentielle.
Le communiqué du Cabinet royal est allé au-delà de la simple demande de départ de la MINURSO, estimant que la non-prorogation devrait également mettre fin à l’examen périodique de la question du Sahara par le Conseil de sécurité, y compris les rapports du Secrétaire général et ses briefings personnels à son envoyé spécial.
Lakrini a souligné que la répétition du veto pourrait renforcer les arguments du Maroc en faveur du retrait de la question de l’ordre du jour du Conseil, notamment compte tenu du soutien international croissant en faveur de l’initiative d’autonomie. Quant à Belmachi, il a qualifié l’annonce du Cabinet royal de « décision » et non de « déclaration » en attente d’une approbation ultérieure de l’ONU, tout en reconnaissant que les réactions des institutions internationales et des autres parties restent difficiles à prévoir.
Il convient de rappeler que le Conseil n’a pas approuvé le retrait du Sahara de son ordre du jour : la résolution 2797 stipule en effet expressément qu’il reste saisi de la question, et les votes infructueux de vendredi n’ont abouti à aucune décision modifiant cette situation.
