Les perturbations logistiques persistantes dans la région de la mer Noire ont poussé les fournisseurs de céréales du Maroc à rechercher des marchés alternatifs afin de répondre aux besoins du royaume en blé tendre, alors que le pays s'apprête à reprendre ses importations à partir de la mi-septembre afin de renforcer ses stocks nationaux.
Ce changement intervient dans un contexte d’escalade des tensions militaires entre la Russie et l’Ukraine, deux des principaux exportateurs mondiaux de céréales, ce qui a compliqué la circulation des navires et le fonctionnement des ports et entraîné une baisse des exportations en provenance de cette région.
L’Allemagne et les pays baltes entrent dans le cercle des alternatives
Les fournisseurs marocains se tournent de plus en plus vers les pays d’Europe du Nord, en premier lieu l’Allemagne, ainsi que vers les pays baltes tels que la Lituanie et la Lettonie, considérés comme des marchés offrant des options plus stables et des prix compétitifs.
Omar El Yaakoubi, président de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses, a déclaré que la crise actuelle en mer Noire avait rendu plus difficile l’importation de céréales en provenance de Russie et d’Ukraine, ce qui s’est directement répercuté sur les prix.
Il a ajouté que les prix du blé avaient augmenté d’environ 25 % depuis fin juillet, alors que le marché mondial ne souffre pas d’une véritable pénurie de production.
Il s’agit davantage d’une crise logistique que d’une crise de production
Al-Yaqoubi a précisé que les quantités de blé disponibles à l’échelle mondiale restent suffisantes pour répondre à la demande, mais que la principale difficulté réside dans la sécurisation des voies d’expédition et du transport maritime.
Il a souligné que l’Ukraine prend pour cible des navires russes afin de limiter ses exportations, tandis que la Russie continue de frapper les ports et les installations de stockage ukrainiens, ce qui fait que la crise est essentiellement liée à la logistique et non à la production.
Il a appelé à renforcer les stocks stratégiques du Maroc afin de couvrir les besoins du pays pendant au moins trois mois, notamment compte tenu de la persistance de l’incertitude sur les marchés mondiaux des céréales.
Chute brutale des exportations de l’Ukraine et de la Russie
Les dernières données révèlent l’ampleur de l’impact de la crise sur les flux céréaliers.
Les exportations agricoles ukrainiennes ont ainsi chuté d’environ 41 % au cours du mois d’août, et les exportations de céréales sont passées de plus de 2,5 millions de tonnes en juillet à seulement environ 988 000 tonnes le mois suivant.
Les responsables du secteur agricole ukrainien estiment que la stabilisation des exportations nécessite non seulement de résoudre les problèmes de transport, mais aussi d’offrir des garanties en matière de sécurité et d’assurance aux propriétaires de navires et de marchandises.
En Russie, les exportations de céréales ont quant à elles enregistré une forte baisse au cours du mois d’août, reculant de plus de trois fois pour s’établir à environ 1,7 million de tonnes, dont 1,3 million de tonnes de blé.
De même, le nombre d’entreprises russes participant à l’exportation de blé s’est réduit à seulement 17, contre 63 en août de l’année précédente.
Alors que les pressions sur les ports de la mer Noire persistent, la France, l’Allemagne et les pays baltes semblent être les principales options actuellement à la disposition des fournisseurs marocains pour répondre aux besoins du marché à des prix et des conditions d’expédition plus stables.
