La société suisse Synhelion s'apprête à franchir une étape majeure vers la production industrielle de carburants synthétiques, après avoir signé un accord stratégique avec le gouvernement marocain en vue de la construction d'une usine à grande échelle dans la province de Tan-Tan.
Le projet vise à produire environ 100 000 tonnes par an de carburants synthétiques renouvelables, capables de remplacer le kérosène, le diesel et l'essence traditionnels sans nécessiter de modifications majeures des moteurs ou des infrastructures existantes.
Tantan au cœur du projet
L’entreprise a choisi la région de Tan-Tan en raison de son fort potentiel en matière d’énergie solaire, ainsi que des conditions propices au développement d’une chaîne de valeur locale liée aux carburants renouvelables.
La technologie de Synhelion se distingue des solutions reposant essentiellement sur l’électricité renouvelable, car elle utilise des miroirs mobiles, appelés héliostats, pour concentrer les rayons du soleil sur une tour solaire et générer des températures dépassant les 1 200 °C.
Cette chaleur est utilisée dans un processus chimique qui transforme l’eau et une source de carbone en gaz de synthèse, avant que celui-ci ne soit ensuite converti en carburant liquide via un procédé industriel spécifique.
L’entreprise s’appuie également sur un système de stockage d’énergie thermique, ce qui permet de poursuivre la production même pendant la nuit et de réduire l’impact de l’absence de rayonnement solaire.
Un projet d’une ampleur bien supérieure aux expériences précédentes de l’entreprise
L'usine de Tan-Tan représente un bond en avant considérable par rapport aux projets précédents de Synhelion.
Depuis 2024, l'entreprise exploite en effet une installation dans la ville allemande d'Uelzen qui produit quelques milliers de litres par an, et travaille également sur un autre projet en Allemagne d'une capacité estimée à environ 30 000 tonnes.
Quant à l’usine marocaine, elle aura une capacité de 100 000 tonnes par an, ce qui en fait l’un des projets commerciaux les plus importants de l’entreprise à ce jour.
Les démarches pratiques ont déjà commencé, notamment la réservation d’un terrain pour le projet, la création de la société Synhelion Morocco, ainsi que l’obtention du statut de Casablanca Finance City.
Cibler le marché européen
La société mise sur l’usine marocaine pour approvisionner les marchés européens en carburants renouvelables, en particulier dans les secteurs où il est difficile de réduire les émissions, tels que l’aviation et le transport lourd.
La technologie utilisée permet de produire du carburant d’aviation durable, ainsi que du diesel et de l’essence renouvelables, ce qui rend le projet conforme aux orientations de l’Europe visant à renforcer les normes de réduction des émissions dans le secteur des transports.
Ce projet s’inscrit également dans le cadre de la stratégie du Maroc visant à développer les industries vertes et à attirer les investissements liés aux énergies renouvelables et à l’hydrogène vert.
Des défis restent à relever
Malgré l’importance du projet, plusieurs détails restent à préciser, le montant définitif de l’investissement et la date de début des travaux et de la production n’ayant pas encore été annoncés.
De plus, la nature aride de la région pose des défis liés à l’approvisionnement en eau nécessaire au processus industriel, ainsi qu’à l’obtention de grandes quantités de dioxyde de carbone d’origine biologique ou capté directement dans l’air.
La question du transport du combustible produit depuis le sud du Maroc vers les marchés européens reste également un élément essentiel pour déterminer la viabilité économique de l’usine.
Néanmoins, le choix de Tan-Tan reflète l’ambition de Synhelion de passer de la phase d’expérimentation à une production commerciale à grande échelle, et renforce la position du Maroc en tant que destination en plein essor pour les investissements liés à la transition énergétique et aux industries à faibles émissions de carbone.
