Le Conseil de la concurrence a passé au crible le marché de la distribution pharmaceutique au Maroc, après avoir rendu le 10 mars 2026 à Rabat un avis détaillé contrôlant la réalité de la concurrence au sein de ce secteur, mettant en évidence sa structure économique et organisationnelle, ainsi qu’un certain nombre de déséquilibres affectant la chaîne de distribution.
Lors d’une conférence de presse tenue le mardi 10 mars 2026, le Conseil a présenté les conclusions de son diagnostic sur l’état de la concurrence sur les marchés de la distribution pharmaceutique au Maroc, en présence de son président, Ahmed Rahou, qui a expliqué que l’institution intervient pour étudier le fonctionnement de marchés qui posent d’importants enjeux économiques et sociaux.
L’objectif de l’examen de ce secteur est non seulement de décrire sa structure, mais aussi d’évaluer la performance de la chaîne de distribution, de surveiller les déséquilibres potentiels et de proposer des pistes pouvant contribuer à améliorer son efficacité et son équilibre.
Un marché stratégique au cœur de la réforme du système de santé
Le marché pharmaceutique au Maroc représente une masse financière annuelle d’environ 25 milliards de dirhams, et une grande partie de ce volume passe par le réseau des pharmacies, qui est le principal débouché des patients pour obtenir des traitements.
L’importance de ce marché n’est pas seulement liée à sa taille économique, mais aussi aux transformations du système national de santé. Les réformes du secteur ces dernières années, notamment la couverture santé universelle, ont remis au centre du débat public la question de la régulation du marché pharmaceutique et de la maîtrise des coûts de traitement, comme cela a été souligné lors de la présentation.
Chaîne de distribution en boucle
Le diagnostic présenté par le Conseil de la concurrence a montré que le secteur repose sur une structure organisée répartie entre plusieurs acteurs intégrés. Ce système comprend 56 organisations de fabrication de produits pharmaceutiques, 42 grossistes répartiteurs, ainsi que plus de 14 000 pharmacies à travers le Royaume.
Actuellement, il existe environ 7 500 médicaments disposant d’une autorisation de mise sur le marché, dont environ 70 % sont des médicaments génériques. Le mécanisme de distribution repose sur un modèle relativement traditionnel : les laboratoires fabriquent ou importent les médicaments, les grossistes répartiteurs supervisent leur livraison au sein du réseau et les pharmacies les livrent aux consommateurs.
Une pression croissante sur les équilibres économiques
Malgré cette réglementation, le Conseil a mis en évidence un certain nombre de faiblesses qui pèsent sur la chaîne de distribution. Parmi les plus notables, la situation des grossistes répartiteurs, dont la rentabilité s’est progressivement dégradée au cours des dernières années, le ratio résultat/chiffre d’affaires passant d’environ 1,3 % en 2016 à 0,9 % en 2024.
En revanche, le réseau de pharmacies s’est développé rapidement, passant de 9 193 pharmacies en 2015 à plus de 14 000 en 2024, ce qui équivaut approximativement à une pharmacie pour 2 600 habitants.
Si cette expansion reflète une plus grande diffusion des services pharmaceutiques au niveau territorial, elle a également entraîné une plus grande fragmentation du marché, ce qui a exercé une pression supplémentaire sur l’équilibre financier d’un certain nombre de pharmacies.
Un avis pour alimenter le débat sur l’avenir du secteur
Par cet avis, le Conseil de la concurrence cherche à mieux comprendre le fonctionnement du marché de la distribution pharmaceutique au Maroc, afin de mieux appréhender les défis auxquels il est actuellement confronté.
L’objectif de la Fondation est non seulement de poser un diagnostic, mais aussi de contribuer à enrichir le débat sur la future réglementation de ce secteur, en fournissant des éléments d’analyse qui peuvent constituer une base de discussion entre les autorités publiques et les parties prenantes concernées, en particulier à la lumière des changements rapides qui se produisent dans le système de santé national.