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Au cours des dernières semaines, le marché de la viande rouge au Maroc a connu de nets changements, avec une augmentation marquée des prix de l’agneau et une présence croissante de la viande bovine importée sur le marché local. À l’heure où les prix de la viande bovine augmentent rapidement, l’importation de viande bovine, notamment en provenance du Brésil et de l’Uruguay, est devenue une option stratégique pour couvrir la demande, en profitant des mécanismes d’exonération douanière et de la réorientation des circuits d’approvisionnement.
Forte hausse des prix des ovins vivants et des agneaux
Les prix des ovins vivants ont bondi en quelques jours entre 53 et 54 Dh le kilogramme, contre 43 à 45 Dh, selon Hicham El Guabri, secrétaire général régional des grossistes en viandes rouges de Casablanca. Ces moutons sont envoyés directement aux abattoirs, où le prix de vente de l’agneau au consommateur final se situe entre 100 et 110 Dh le kilogramme, contre 70 à 90 Dh ces dernières semaines.
Les professionnels attribuent cette hausse soudaine à la tendance des éleveurs à garder leurs troupeaux dans l’attente de meilleurs prix à l’approche de l’Aïd al-Adha, ce qui réduit les quantités destinées aux marchés hebdomadaires et aux ventes aux enchères, et crée un déséquilibre entre l’offre et la demande. Les récentes précipitations ont eu un double effet : d’une part, elles améliorent les conditions de pâturage et permettent au troupeau de rester dans les champs, mais d’autre part, elles entravent le transport parallèle vers les marchés, ce qui accroît la tension en termes d’offre. Dans ce contexte, Jawabri a indiqué à Maroc Sahara que les autorités pourraient être contraintes de reprendre l’importation de moutons, suspendue depuis septembre dernier, afin d’éviter une pénurie de l’offre qui pousserait les prix à la hausse.
Les importations de viande bovine s’installent sur le marché local
En parallèle, l’importation de viande bovine continue de renforcer sa position sur le marché marocain, soutenue par la prolongation de l’exonération des droits de douane jusqu’au 31 décembre 2026, comme le prévoit la loi de finances, dans la limite d’un plafond de 300 000 bovins et 10 000 chameaux. Dans ce contexte, les importateurs ont réorienté une grande partie de leurs commandes vers le Brésil et l’Uruguay.
Selon Hisham Al Jawabri, le Brésil possède un cheptel estimé à 234 millions de têtes de bétail, qui comprend de nombreuses races avec des veaux d’engraissement de haute qualité, ce qui donne aux agriculteurs et aux éleveurs une longue expérience dans l’élevage de viande destinée à l’exportation. Les races importées sont les suivantes : Nellore, F1 et Langis, ainsi qu’une race d’apparence européenne malgré son origine brésilienne. En raison de ses caractéristiques, la race Nilor devrait être croisée avec des buffles, dans le but de produire une race bovine distinctive pouvant combiner rusticité et productivité.
Des prix compétitifs pour la viande importée
Les données provenant des abattoirs et des magasins de détail montrent que les produits importés deviennent de plus en plus attrayants, grâce à la différence de prix entre eux et la viande locale. Le prix de la viande naylor importée est d’environ 70 AED par kilogramme, contre 92 AED pour la viande locale ou espagnole. La viande de bœuf uruguayenne se négocie actuellement à environ 80 Dh le kilogramme. Ces différences soulignent que les prix encouragent clairement la commercialisation de produits importés en tant qu’alternative moins chère pour le consommateur.
D’autre part, certains experts avertissent que le plafond élevé du quota de 300 000 têtes pour 2026 pourrait conduire à une offre excédentaire si les mesures d’incitation sont maintenues sous la même forme, ce qui pourrait obliger à reconsidérer ces mécanismes en fonction de l’évolution du marché et des réalités de la mise en œuvre.
Politique gouvernementale entre lutte contre l’inflation et soutien du pouvoir d’achat
Du point de vue du gouvernement, l’extension de l’exonération douanière sur les importations de bétail fait partie d’une stratégie globale de l’offre visant à freiner l’inflation et à préserver le pouvoir d’achat des ménages en encourageant la concurrence et en allégeant la pression sur les prix intérieurs. Cependant, le secteur de l’élevage reste très vulnérable aux facteurs climatiques et économiques, ce qui affecte directement les éleveurs, qui supportent le risque de la fluctuation des coûts de l’alimentation, des conditions climatiques et de la fluctuation de la demande.
Malgré la persistance d’une offre restreinte de viande rouge, en particulier dans certains circuits traditionnels, les marchés d’Al-Bireh et des montagnes dépendent de plus en plus des importations de viande bovine pour couvrir la demande, et ces importations devraient jouer un rôle plus important dans les mois à venir pour équilibrer le marché et limiter les hausses de prix, tout en continuant à surveiller leur impact sur la situation des éleveurs locaux.