Le Conseil des représentants du peuple marocain a approuvé, jeudi 22 octobre 2026, le programme gouvernemental de la présidente du gouvernement Fatima Al-Zahra Mansouri, par 204 voix pour et 127 contre, lors d’une séance plénière à laquelle ont participé 331 députés, clôturant ainsi le processus constitutionnel d’investiture parlementaire du nouveau gouvernement.
Le vote, portant sur le mandat 2027-2031, conformément à l’article 88 de la Constitution et aux articles 261 et 262 du règlement intérieur de la Chambre des députés, à l’issue d’une séance au cours de laquelle Mme Mansouri a répondu aux observations des groupes parlementaires concernant le programme de son gouvernement.
Mme Mansouri défend l’examen du projet de loi de finances avant l’investiture
La présidente du gouvernement a rejeté les accusations selon lesquelles son gouvernement aurait enfreint la Constitution en examinant et en adoptant le projet de loi de finances pour l’année 2027 lors de sa première réunion avant d’avoir obtenu la confiance parlementaire, Elle a déclaré que « la Constitution, ainsi que les lois organiques pertinentes, accordent clairement au gouvernement, après sa nomination, le droit de se réunir en Conseil des ministres et en Conseil gouvernemental pour débattre du projet de loi de finances et le transmettre au Parlement ».
Elle a précisé que l’interdiction concernait l’examen du projet au sein du Parlement avant la fin de la procédure d’investiture, ajoutant : « C’est pourquoi l’examen du projet de loi de finances débutera demain », et estimant que l’approche du gouvernement était conforme à l’esprit de la Constitution et des législations pertinentes. Elle s’est adressée au président du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement, Idris Al-Azmi Al-Idrissi, en déclarant : « N’oubliez pas que je suis avocate et que je maîtrise le droit constitutionnel. »
Confrontation virulente sur l’intégrité des élections
Mme Mansouri a vivement critiqué les positions du Parti de la justice et du développement (PJD) sur la question de l’intégrité électorale, rappelant que le ministère de l’Intérieur avait adopté une approche participative dans l’élaboration des textes législatifs régissant les élections du 23 septembre 2026, sur instruction du roi Mohammed VI, et que tous les partis représentés au Parlement, y compris le PJD, avaient pris part au débat et étaient parvenus à un accord sur les lois électorales.
Elle s’est interrogée sur la raison pour laquelle le parti qualifiait les élections d’intègres et de crédibles lorsqu’il obtenait de bons résultats, mais soulevait des soupçons de fraude lorsqu’il ne remportait pas la première place, ajoutant : « Ce double standard dans le discours est ce qui a déconcerté les Marocains et fait perdre au parti toute crédibilité ».
En réponse à la référence faite par Al-Azmi Al-Idrissi à l’affaire du sac de bulletins de vote découvert dans un bureau de vote lors des élections de septembre, affaire qui a donné lieu à une procédure judiciaire à l’encontre de sept personnes, dont le maire de Tanger, Mounir Limouri, membre du Parti de l’authenticité et de la modernité (PAM), Mme Mansouri a déclaré que des irrégularités avaient été constatées dans un ou deux bureaux de vote sur environ 41 000, qualifiant cet incident de cas isolé qui ne constitue pas la preuve d’un problème touchant l’ensemble du parti.
Elle a rappelé une affaire datant de 2015, au cours de laquelle un candidat du Parti de la justice et du développement avait été surpris en train de distribuer de l’argent, et dont le parti avait suspendu l’adhésion dans l’attente de la procédure judiciaire, et a comparé cela à la décision du PAM de suspendre l’adhésion de Limouri jusqu’à l’issue de la procédure judiciaire, déclarant : « Personne n’est au-dessus de la loi, que ce soit dans votre parti ou dans le nôtre. »
Elle a appelé le parti à respecter les militants du Parti de l’authenticité et de la modernité ainsi que les citoyens marocains, estimant que son discours sur la tutelle et l’oppression avait perdu de son efficacité : « Le discours sur la tutelle et l’oppression qui a fonctionné pour vous en 2011 ne fonctionne plus. »
Accusations croisées et polémique sur le travail des femmes
La cheffe du gouvernement a mis en doute les critiques récurrentes concernant les origines du Parti de l’authenticité et de la modernité, affirmant que l’on pourrait poser des questions similaires sur la formation du Parti de la justice et du développement, Elle a accusé les députés du parti de porter des accusations graves à l’encontre des responsables du PAM, notamment celle de servir des intérêts sionistes, et a déclaré : « Vous avez accusé les Marocains et nous-mêmes de trahison », ajoutant que le parti avait accusé le président du PAM et le ministre de la Justice de servir un agenda sioniste, avant d’affirmer : « Nous n’avons accusé personne de trahison car nous pensons que tout le monde sert la patrie ».
Sa référence à l’affaire d’un membre du Parti de la justice et du développement arrêté à Safi pour trafic de drogue présumé a suscité un bref moment de tension dans la salle avant qu’elle ne poursuive son discours, et a défendu son parcours en rappelant qu’elle avait occupé la présidence du conseil municipal de Marrakech pendant deux mandats sans faire l’objet de poursuites pénales.
Elle a critiqué le secrétaire général du parti et ancien chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, pour une déclaration antérieure selon laquelle la femme devait rester à la maison comme «un lustre » pour éclairer la maison, estimant que ce discours ignore la situation des veuves et des femmes divorcées qui sont contraintes de travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Elle a également accusé le parti de soutenir l’éducation et l’emploi de ses filles tout en attendant des autres femmes marocaines qu’elles restent à la maison, et a déclaré : « Malheureusement, je ne suis pas une lampe. J’ai une conscience, des convictions et un passé de lutte. »
