Le roman « Les Misérables » de Victor Hugo fait son retour sur grand écran ce mercredi, dans une nouvelle adaptation du réalisateur Frédéric Caillay, avec Vincent Lindon, Tahar Rahim et Camille Cottin, d’une durée de près de trois heures.
Ce film, qui compte parmi les plus grandes productions cinématographiques françaises de cette année, vient s’ajouter aux dizaines d’adaptations cinématographiques du roman depuis sa parution en 1862, permettant ainsi à l’une des œuvres littéraires françaises les plus marquantes de rester à l’affiche.
Une nouvelle vague d’adaptations de classiques
Cette œuvre s’inscrit dans un contexte d’intérêt renouvelé pour l’adaptation des classiques de la littérature française en productions cinématographiques à grande échelle, après le succès remporté par des films tirés de romans célèbres tels que « Les Trois Mousquetaires » et « Le Comte de Monte-Cristo », ce qui a incité les producteurs à proposer à nouveau des œuvres littéraires connues au public d’aujourd’hui.
Cinquante films et dix séries
« Les Misérables » a connu un immense succès populaire et international depuis sa publication en 1862, devenant par la suite une source d’inspiration pour le théâtre, le cinéma et les séries télévisées, avec près de 50 films adaptés depuis le début du siècle dernier et une dizaine de séries télévisées.
Tevin Samuello, chercheuse à l’École des hautes études en sciences sociales en France et autrice de l’ouvrage « Toutes sortes de misérables », paru en 2026, estime que la multiplicité des adaptations confirme la vitalité du roman, considérant que cette œuvre classique tire sa place de sa capacité à résister au fil des époques et à travers des supports artistiques variés.
Jean-Marc Hofas, professeur de littérature à l’université de la Sorbonne et spécialiste de l’œuvre de Victor Hugo, estime que la construction dramatique du roman explique sa capacité à être sans cesse réinterprété, d’autant plus que son auteur était un dramaturge rompu à l’art de façonner les personnages et les conflits humains.
Javert dans les adaptations américaines et Cosette dans la version russe
Parmi les adaptations les plus marquantes, on peut citer le film de Jean-Paul Le Chanois de 1958, avec Jean Gabin, ainsi que celui réalisé par Bill August en 1998, avec Uma Thurman, qui a contribué à faire découvrir l’histoire à une nouvelle génération. Le succès international de la comédie musicale adaptée du roman a contribué à élargir sa diffusion : depuis 1980, elle a été jouée dans plus de 50 pays et traduite dans une vingtaine de langues.
Ces adaptations révèlent des différences dans l’approche du texte original en fonction des contextes culturels ; certaines adaptations américaines mettent en avant le personnage de l’inspecteur Javert, associé à la notion de loi, tandis que les adaptations russes ont accordé une attention particulière à Cosette et Gavroche et aux connotations sociales qu’elles véhiculent.
Samoyou estime que le succès d’une adaptation ne repose pas nécessairement sur une fidélité littérale au roman, mais plutôt sur la capacité du réalisateur à proposer une lecture créative en résonance avec les enjeux de son époque. Elle souligne à cet égard que la renommée « Les Misérables » est également liée à son adaptation dans des médias de masse à large diffusion, précisant que Hugo tenait dès le départ à ce que son livre touche différentes catégories sociales et soit vendu à des prix permettant au plus grand nombre possible de lecteurs d’y avoir accès.
Réédition du roman dans de nouvelles éditions
Les maisons d’édition françaises accompagnent la sortie du film en proposant à nouveau le roman dans différentes éditions, parmi lesquelles une version de poche illustrée publiée par les éditions « Galmaister » en septembre dernier, dans le but de tirer parti de l’engouement cinématographique pour attirer à nouveau les lecteurs.
L’éditeur Olivier Galmeister estime que les maisons d’édition doivent tirer parti de différentes occasions pour attirer le public vers les livres, tandis que le libraire parisien Gaëtan Belin s’attend à ce que le roman conserve sa place dans les librairies, quel que soit le succès commercial du nouveau film.
