Compte tenu des longues heures que beaucoup passent à consulter des messages, des vidéos et des publications, la même question revient sans cesse : l'utilisation des réseaux sociaux entraîne-t-elle une baisse du sentiment de bonheur et de satisfaction dans la vie ?
Une étude récente, qui a suivi un groupe d’adultes aux États-Unis pendant une année entière, suggère que la relation est plus complexe que le simple nombre de fois où l’on ouvre les applications ou utilise les plateformes chaque jour.
Les chercheurs ont en effet trouvé très peu d’éléments indiquant qu’une augmentation ou une diminution de l’utilisation des réseaux sociaux chez une même personne puisse prédire un changement notable de son niveau de satisfaction dans la vie trois mois plus tard.
Cependant, ce résultat ne signifie pas qu’une utilisation intensive ou l’exposition à des contenus préjudiciables ne peuvent pas avoir d’impact sur la santé mentale ; il indique plutôt que le simple fait de mesurer la fréquence d’utilisation des applications peut ne pas suffire à comprendre l’influence de la technologie sur le sentiment de bonheur.
Une étude a suivi près de 2 000 personnes pendant un an
Publiée dans la revue « Nature Human Behaviour », cette étude a porté sur 1 966 adultes aux États-Unis, qui ont répondu à cinq séries de questionnaires réparties sur une année, avec un intervalle d’environ trois mois entre chaque série.
Les chercheurs ont interrogé les participants sur la fréquence d’utilisation de dix moyens et technologies de communication, parmi lesquels FaceTime, les SMS, WhatsApp, les e-mails, Facebook, Instagram, Snapchat, X, TikTok et YouTube.
Les chercheurs ont également utilisé une échelle psychologique validée pour mesurer le niveau de satisfaction dans la vie, puis ont examiné si les changements dans l’utilisation de chaque plateforme étaient ensuite associés à une augmentation ou à une diminution de la satisfaction chez la personne concernée.
Aucune preuve solide n’indique qu’une utilisation accrue réduirait le bonheur
Selon les résultats mis en avant dans un article publié sur le site « Phys.org », les chercheurs n’ont trouvé aucune preuve convaincante démontrant qu’une augmentation ou une diminution de l’utilisation de l’une de ces plateformes s’accompagnait systématiquement de changements dans le niveau de satisfaction de vie au cours de la période suivante.
Les résultats sont restés similaires, que l’on analyse chaque plateforme séparément ou que l’on répartisse les participants en fonction de leur âge, de leur sexe, de leurs revenus, de leur niveau d’études et d’autres facteurs démographiques.
Cela signifie que, dans cette étude, l’augmentation du temps passé sur ces plateformes ou de la fréquence d’utilisation n’était pas, à elle seule, un indicateur fiable permettant de prédire si une personne serait plus ou moins heureuse au cours des mois suivants.
YouTube et TikTok… un lien qui ne prouve pas la cause
Les chercheurs ont observé que les personnes qui utilisaient YouTube et TikTok plus fréquemment déclaraient, en moyenne, des niveaux de satisfaction de vie inférieurs à ceux des autres.
Mais cette corrélation disparaissait lorsque l’analyse se concentrait sur les changements observés chez un même individu au fil du temps.
C’est là qu’apparaît l’importance de distinguer le lien de la causalité. D’autres facteurs peuvent être à l’origine de cette baisse de satisfaction, tels que l’âge, la situation sociale, l’état psychologique ou la manière d’utiliser la plateforme, et la plateforme elle-même n’est pas nécessairement la cause directe.
À l’inverse, l’étude n’a pas non plus fourni de preuve solide indiquant qu’une utilisation accrue des réseaux sociaux rend les adultes plus heureux.
Qu’est-ce que l’étude n’a pas pu mesurer ?
L’une des principales limites de l’étude réside dans le fait qu’elle s’est appuyée sur l’estimation personnelle des participants concernant leur fréquence d’utilisation, allant d’une absence totale d’utilisation à plusieurs utilisations par jour.
Ce type de mesure ne permet pas de distinguer avec précision une personne qui ouvre l’application quelques fois par jour d’une autre qui la consulte des dizaines, voire des centaines de fois.
De même, l’étude n’a pas pu évaluer la nature du contenu consulté par les participants, un facteur qui pourrait s’avérer plus important que le simple nombre d’utilisations.
En effet, la communication directe avec les amis et la famille diffère de la navigation passive pendant des heures, et le visionnage de contenus encourageants ou éducatifs n’est pas nécessairement comparable à une exposition constante à des comparaisons sociales, à des actualités perturbantes ou à des contenus hostiles.
L’étude n’a pas non plus pris en compte les enfants ni les adolescents, des groupes qui peuvent être affectés par la technologie et les réseaux sociaux d’une manière différente de celle des adultes.
La question devrait être « comment les utilisons-nous ? » et non « combien de temps les utilisons-nous ? ».
Les résultats de l’étude ne signifient pas que les réseaux sociaux sont exempts de risques psychologiques, pas plus qu’ils ne prouvent qu’une utilisation intensive est sans danger en toutes circonstances.
Mais elles incitent à reformuler la question de manière plus précise : au lieu de se concentrer uniquement sur le nombre d’heures ou le nombre de fois où l’on ouvre l’application, il serait peut-être plus important d’étudier le type de contenu, la nature de l’interaction, l’objectif de l’utilisation, ainsi que son impact sur le sommeil, les relations sociales et l’état psychologique.
Ainsi, l’étude souligne que la relation entre les réseaux sociaux et le bonheur ne peut se résumer à une règle simple, et que la manière dont ils sont utilisés peut s’avérer plus importante que la seule intensité de leur utilisation.
