Au Maroc, les appels à un durcissement des restrictions concernant l'utilisation des réseaux sociaux par les mineurs se multiplient, dans un contexte d'inquiétudes quant à l'impact de plateformes telles que TikTok, Instagram et Facebook sur la santé mentale, le comportement et les résultats scolaires des enfants et des adolescents.
La question est revenue sur le devant de la scène après une série d’appels diffusés sur les réseaux sociaux pour organiser des tentatives de passage en masse vers Ceuta et Melilla, auxquelles un certain nombre de jeunes et de mineurs ont participé ou répondu. Selon les spécialistes, ces événements ont montré à quel point les comptes anonymes et les contenus largement diffusés peuvent influencer les adolescents et les inciter à prendre des décisions dangereuses.
Des chiffres qui révèlent l’ampleur de l’utilisation d’Internet par les mineurs
Le Conseil économique, social et environnemental du Maroc s’est appuyé sur une étude portant sur 1 293 enfants et jeunes âgés de 8 à 28 ans, qui a révélé que 80 % d’entre eux utilisent régulièrement Internet, tandis que 70 % d’entre eux utilisent les réseaux sociaux.
Les résultats ont révélé que 43 % des participants souffrent de troubles du sommeil liés à l’utilisation des technologies numériques, tandis que 41,5 % ont signalé une baisse de leurs résultats scolaires et 35,6 % ont fait état de conflits avec des membres de leur famille ou des amis. Près d’un tiers des participants ont également déclaré avoir été victimes de cyberharcèlement.
L’étude a également montré que 40 % partagent des données personnelles avec des inconnus, tandis que 40 % ne maîtrisent pas les paramètres de confidentialité de leurs comptes.
Parmi les risques mis en garde par les institutions marocaines figurent également le chantage en ligne, la diffusion de fausses informations, l’incitation à la violence et à la haine, l’exploitation sexuelle, ainsi que le risque de recrutement de mineurs par des réseaux criminels ou extrémistes.
La dépendance numérique et son impact sur la vie quotidienne
Le débat va au-delà du nombre d’heures que les enfants passent devant un écran, car les plateformes de réseaux sociaux s’appuient sur des systèmes de recommandations, de notifications et de défilement continu de contenu afin de maintenir l’utilisateur connecté le plus longtemps possible.
Chez certains adolescents, cette utilisation excessive peut être associée à des troubles du sommeil, à des difficultés de concentration, à l’isolement social, à l’anxiété et à une baisse de l’estime de soi, sans compter l’impact sur l’image corporelle résultant de la comparaison constante avec les contenus publiés par les autres et par les influenceurs.
Un rapport du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, élaboré en collaboration avec l’UNICEF, a également souligné la recrudescence des manifestations de cyberviolence en milieu scolaire, notamment les messages injurieux et le harcèlement psychologique et sexuel en ligne.
Des pays s’orientent vers l’imposition de restrictions d’âge
Le débat sur la protection des mineurs face aux réseaux sociaux ne se limite plus à la sensibilisation au sein de la famille. Plusieurs pays ont commencé à adopter des restrictions légales liées à l’âge.
L’Australie interdit aux moins de 16 ans de détenir des comptes sur plusieurs des plus grandes plateformes, tandis que la France a adopté en juillet 2026 une interdiction d’utilisation des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, avec une mise en œuvre progressive de ces mesures pour les comptes nouveaux et existants. D’autres pays ont également adopté ou annoncé des mesures similaires à des degrés divers.
Ces expériences amènent à se poser la même question au Maroc : la surveillance parentale et la sensibilisation au numérique suffisent-elles, ou faut-il fixer un âge légal pour l’utilisation des réseaux sociaux et obliger les entreprises à mettre en place des mécanismes efficaces de vérification de l’âge ?
Avec l’augmentation de l’utilisation d’Internet chez les enfants et les adolescents et l’ampleur croissante des risques liés aux contenus numériques, la réglementation de l’accès des mineurs aux plateformes est devenue l’un des enjeux qui s’impose de plus en plus dans le débat sociétal et législatif au Maroc.
